Dis-moi que tu m'aimes Imprimer
Pays : France
Année : 2011

RĂ©alisation : John B. Root
Interprétation : Lou Charmelle, Jessie Volt, Graziella Diamond, Charlotte de Castille, Sharon Lee, Titof, Ian Scott, Phil Hollyday, Jordanne Kali
Musique : Luigee Trademarq


Synopsis : Resté en Crête depuis deux ans, Antoine vit seul dans son hôtel en bord de mer, et passe ses journées à chasser dans les montagnes ou à baiser avec sa copine Charlotte. Quand son copain Arthur, devenu producteur de disques, lui rend visite en compagnie d'une bande de jeunes femmes sexys, il décide de prendre sa vie en main, et de trouver l'amour coûte que coûte.

Notre avis : Retrouvailles...
Par Anthony S.

Quelques accords de guitare, la voix off de Titof, les grands espaces de Crête, Charlotte de Castille courant les seins à l’air… Deux ou trois minutes, pas plus, suffisent à se rendre à l’évidence : John B. Root, ses dialogues travaillés, ses personnages fouillés, ses scènes rythmées, ont manqué terriblement au paysage audiovisuel pornographique de ces deux dernières années. Deux années à tourner des formats courts pour le web, à rédiger des articles sur son blog, à découvrir de jeunes et parfois jolies débutantes (Jessie Volt, c’est lui !). Surtout deux années à multiplier les tentatives infructueuses de monter un quinzième long-métrage après Montre-moi du rose, autre film au titre impératif dont ce Dis-moi que tu m’aimes constitue en quelque sorte la suite… Plus exactement la suite des aventures sentimentales d’Antoine, personnage déjà interprété par le passé avec beaucoup de sensibilité par Titof dans XYZ Antoine & Marie et Montre-moi du rose, et qui cherche aujourd’hui rien moins que… l’amour. Denrée rare donc, surtout au sein d’un genre plus enclin à montrer l’enchevêtrement des corps, mais qui parvient à trouver sa place ici, transpirant dans chaque plan, jusque dans le titre même.

Les corps - parce qu’il faut bien commencer par là quand on parle de porno, non ? - John B. Root les a filmés : en long, en large, sous tous les angles. Suffit de s’abonner à son site pour s’en rendre compte - ce que l’on conseille d’ailleurs fortement, et pas seulement parce que chaque abonnement nous rapporte quelques euros. On ne compte plus les scènes dantesques qu’il a données au genre, et dont la demi-heure centrale du « pasolinien » French Beauty constitue rien moins qu’un Everest du porno hexagonal. « J’ai appris en seize ans à trouver les moyens techniques qui font que la scène de sexe est bien filmée, expliquait le réalisateur dans l’interview qu’il nous a accordée, qu’elle ait de la gueule graphiquement, qu’elle dépote grave ». Si la première scène tournée en montagne de Dis-moi que tu m’aimes semblera assez classique (du moins dans les positions et figures choisies – les dialogues en revanche risquent de surprendre !), la suite est effectivement un déluge de sueur et de sperme sur le sable chaud, un enchaînement de corps magnifiés par la caméra très (trop ?) mobile d’un réalisateur amoureux de la moindre parcelle de peau de ses actrices. Pour faire simple, ça n’arrête pas de baiser, le film ne retombant jamais dans les travers de l’excellent mais avouons-le peu bandant Inkorrect(e)s. Et bien que Dis-moi que tu m’aimes n’étonnera pas l’amateur éclairé ni le spectateur moyen de Canal+ en terme de positions (vaginale, anale, double pénétration… Les trucs habituels, quoi), et ne fera certes pas mieux que ce fameux French Beauty, l’érotisme y atteint régulièrement son apogée.

Impeccablement rythmées par la divine partition de Luigee Trademarq que l’on se prend à fredonner pendant la projection (espérons la commercialisation un jour de cette B.O. !), les scènes recèlent ainsi un potentiel onaniste défiant toute concurrence : Sharon Lee prise sur la plage par Rico et Phil ; Ian Scott violé avec consentement par Graziella Diamond puis Jessie Volt ; Lou Charmelle invitant Titof à la prendre, d’abord en photo puis charnellement ; Jordane Kali prêtant son Rico à Graziella ; et ne parlons même pas de la fabuleuse partouze qui clôture le film... Bien que souffrant de quelques petits problèmes de montage (mais honnêtement, la règle des 180 degrés a-t-elle encore un sens quand un réalisateur tente de retranscrire à l’écran la bestialité d’une partie de baise ? On s’en fout, non ?!), les plans d’une beauté stupéfiante s’enchaînent avec grâce et fluidité, évitant la vulgarité à laquelle le porno nous a souvent habitués ces derniers temps.

Mais plus encore que l’aspect purement physique et visuel du cul, ce sont les émotions qu’il parvenait à faire exprimer, voire à extraire de ses acteurs, qui rendaient si attrayantes et originales les scènes pornos filmées jusqu’à présent par B. Root. La scène dite du foin entre HPG et Rumika dans 24h d’amour ; la scène initiatique entre Titof et Daniela Rush dans Le Principe du plaisir ; la gravité des échanges entre Ksandra et ce même Titof dans XYZ ; le salut obtenu par Francesco Malcom grâce à l’ange Mégane dans Ludivine… Les exemples sont légion. Et si dans ce nouveau film certaines scènes et intrigues secondaires restent, dans la grande tradition du porno, purement récréatives, c’est bien entendu le personnage de Titof / Antoine, son vague à l’âme et sa quête amoureuse, qui intéressent le cinéaste. « L’amour est un oiseau rebelle, que nul ne sait apprivoiser », chante Charlotte de Castille - en pleine sodomie ! Chaque nouvelle scène, porno ou non d’ailleurs, tendra ainsi à rapprocher Antoine du volatile en question, le personnage éliminant une à une les conquêtes - hypothétiques ou concrètes -, jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une (laquelle ? Il faudra voir le film pour ça, et ne comptez pas sur moi pour vous en révéler la fin). Ce qu’il cherche, c’est l’amour… Au point même de refuser une pipe proposée par Sharon Lee sous prétexte qu’il « risque de tomber amoureux d’elle » (a-t-on déjà entendu un truc pareil dans un boulard ?!), à la grande surprise de celle-ci. C’est mimi. Et je dis ça sans ironie.

Pour finir, un mot des acteurs justement, ils le méritent. Aussi à l’aise dans les scènes de cul, ce qui peut sembler logique, que dans celles de comédie, et même dans les passages chantés et dansés, tous semblent s’éclater et pas que sexuellement ! On savait B. Root doué pour les diriger, pour en tirer le meilleur parti. Lui leurs reconnaît en tout cas de vraies qualités : « Regarde 24 heures d’amour, HPG y est incroyable. Bon, effectivement, dans le cast, tu en as deux ou trois qui font un peu patronage … Mais ce n’est pas grave, ça donne un côté touchant, un côté Hélène et les garçons. Montre moi du rose, c’est un peu Hélène et les garçons. Même quand c’est mal joué, ça garde un côté frais. » Conscient des limites imposées par son budget – 40.000€ environ -, le réalisateur tente malgré tout d’imposer un « équilibre (…) pour faire du cinéma pornographique ». Insistons bien sur ces deux derniers mots : à ce niveau de réussite, on peut effectivement parler de cinéma.